The Google Bay

La condamnation, par la justice suédoise, des trois administrateurs du serveur BitTorrent The Pirate Bay et de leur bailleur de fonds, à un an de prison ferme et plus de 3 millions de dollars de dommages et intérêts à payer, laisse de nombreuses questions en suspend. Concernant l’intérêt et la cohérence de ce type de procédure, notamment.

the_pirate_bayÉtant donné que les principaux intéressés ont décidé de faire appel, cette décision de justice ne sera pas appliquée dans l’immédiat, et ils auront tout loisir de continuer à narguer les maisons de disques et les studios de cinéma pendant encore quelques mois, voire quelques années. En outre, le jugement ne comporte aucune obligation de fermer le site The Pirate Bay. Le portail BitTorrent est toujours ouvert et sert même de rampe de lancement à une campagne visant à soutenir l’amendement 46 au Paquet Télécom, sur lequel la commission ITRE (de l’industrie, de la recherche et de l’énergie) du Parlement européen doit se prononcer ce soir. Peu importe ce que l’on pense de l’attitude des fondateurs de The Pirate Bay. Force est de constater qu’en terme d’image, surtout auprès des jeunes, ce genre de procès leur profite beaucoup plus qu’aux industriels de la culture. Numerama rapporte ainsi que dans la journée qui a suivi l’annonce du verdict, le nombre d’adhésions au Parti Pirate suédois s’est envolé.

En un mois, le Pirate Partiet a gagné 6000 nouveaux membres, dont 3500 en l’espace d’une demi-journée vendredi dernier. Fort de 16 000 adhérents, il n’est pas loin de devenir la 4ième force politique du pays devant le Parti Libéral, et peut revendiquer le plus fort contingent de jeunes adhérents.

Des pirates au Parlement européen ?

Politiquement, cela pourrait avoir un impact significatif à terme, surtout si ce parti « pirate » parvient à envoyer des députés au Parlement européen. Toujours selon Numerama, il recueillait 21 % des intentions de vote en Suède lors d’un sondage réalisé en décembre dernier. De quoi faire élire trois ou quatre députés. A titre de comparaison, l’UMP n’a recueilli que 16,4 % de suffrages exprimés en France lors des élections européennes de 2004.

Les états-majors politiques devraient se méfier du potentiel de radicalisation des plus jeunes dont ce genre de thématique est porteur. L’image du pirate, en particulier, suscite leur adhésion. Le héros moderne est un jeune hacker qui défie le système.

Ce système, au demeurant, n’offre aucune perspective d’avenir aux jeunes, tout en leur faisant déjà mesurer le poids de la facture qu’ils auront à payer – climatique, environnementale, économique, etc. Il sauve la peau de banquiers dont l’irresponsabilité a fait partir des milliers de milliards de dollars en fumée, mais plonge leurs parents et des pans entiers de l’humanité dans la précarité. Il ne prévoit aucune sanction contre les financiers de haut vol qui ont mis l’économie mondiale à genoux par excès d’avidité, mais veut couper l’accès à Internet de ceux qui téléchargent des chansons sans payer.

Immunité

On voudrait radicaliser la jeunesse et grossir les rangs des partis pirates de tous les pays qu’on ne s’y prendrait pas autrement. Les multinationales de la culture vont-elles multiplier ce genre de procès, contre Mininova, Torrentdownload, Btscene, Torrentz.com et tous les serveurs BitTorrent de la toile ? Dès lors, pourquoi ne pas s’en prendre au principal réservoir de fichiers torrents sur Internet ? Dans la caverne d’Ali Baba du « méta-indexeur » de tous ces pavillons pirates, on trouve la discographie complète et garantie 100 % pirate d’une multitude d’artistes, celle de Patricia Kass ou des Rolling Stones, de Queen ou des Beatles. Il suffit pour cela d’interroger son moteur de recherche avec quelques mots clés bien sentis. Pas besoin de passer par The Pirate Bay. Son nom ? The Google Bay.

Mais si on commence à mettre les plus gros profiteurs du système en prison, on n’est pas tirés d’affaire… C’est un peu comme si on demandait aux banquiers et à la finance internationale de payer la facture de la crise qu’ils ont déclenchée.

Source : http://www.zdnet.fr/blogs/2009/04/21/the-google-bay/

2 pensées sur “The Google Bay

  • 23 avril 2009 à 15 h 27 min
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    Des hackers ont lancé l' »Opération Baylout » destinée à venger la condamnation de 4 responsables de The Pirate Bay. La première victime a été le site de l’IFPI. Plusieurs sites, dont celui de la Fédération internationale de l’industrie phonographique (IFPI), ont subi lundi 20 avril des attaques informatiques organisées par des supporters de The Pirate Bay, opposés à la condamnation des quatre responsables du site de téléchargement à une peine d’un an d’emprisonnement.

    Les pirates ont conjointement attaqué plusieurs sites tels que ceux de la Motion Picture Association of America, la Recording Industry Association of America et rendu indisponibles les sites internationaux et suédois de l’IFPI. Cette attaque était organisée par un groupe d’internautes dans le cadre d’une campagne de riposte à la condamnation de The Pirate Bay baptisée « Operation Baylout ».

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